Julie Buchet 

1847-1921

Galerie dite de la Vénus de Milo, au Musée du Louvre 

Époque :

XIXème siècle 


Fiche signalétique :



Inscriptions :

Signé et daté en haut à gauche : J. Buchet 1885 

Timbre sur le châssis: US Customs 


Expositions : 

1885, Paris, Salon de la Société des Artistes français, n° 409 (Galerie dite de la Vénus de Milo, au Musée du Louvre). 1885, Paris, Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, n° 44 (Galerie de la Vénus de Milo (musée du Louvre)). 1888, Versailles, 35e exposition versaillaise de la Société des amis des Arts du département de Seine-et-Oise, n° 63 (Galerie de la Vénus de Milo, au Louvre). 1893, Chicago, Exposition universelle de 1893, Palais de la Femme, catalogue officiel français n° 282 Galerie de la Vénus de Milo. « Gallery of the Venus of Milo » ; catalogue officiel américain : n° 115 (Gallery of the Venus of Milo). 


Bibliographie : 

Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivans. Société des Artistes Français, Salon de 1885, 103e exposition, Paris, E. Bernard, 1885, p. 36. Description des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure, miniatures, dessins et pastels exposés dans les salles du Musée de Versailles, le dimanche 1er juillet 1888 / Société des amis des arts du département de Seine-et-Oise, Versailles, impr. Cerf et fils, 1888, p. 15. Anonyme, « Exposition de Versailles », La Chronique des Arts et de la curiosité, 8 septembre 1888, p. 228. République française. Ministère du commerce, de l'industrie et des colonies. Exposition internationale de Chicago (1893). Palais des femmes. Section française. Catalogue officiel, Paris, Imp. nationale, 1893, p. 34, p. 67. World's Columbian Exposition, 1893. 


eOfficial catalogue. part. XIV, Woman's Building, W.B. Conkey Co. Publishers, Chicago, W. B. Conkey, 1893, p. 80. Hubert Howe Bancroft, The Book Of The Fair, San Francisco, The Bancroft Co, 1893, vol. 2, p. 262 (reproduction). Dictionnaire de l'Union des femmes peintres et sculpteurs : répertoire des artistes et liste de leurs oeuvres, 1882-1965, Dijon, l’Échelle de Jacob, Tome 1, 2010, p. 273. Jean-Joseph Marquet de Vasselot, « Répertoire des vues des salles du musée du Louvre », Archives de l'art français, Vol. 20, Paris, Armand Colin, 1946, p. 160. 


Notice d’oeuvre : 

Notre tableau est au centre de la redécouverte de la carrière d’une artiste peintre, jusque-là réputée avoir restauré des oeuvres appartenant au musée du Louvre. La grande qualité de sa peinture met en avant les talents artistiques de Julie Buchet, de même que ses multiples expositions, en France et aux Etats-Unis, restituent un pan oublié de l’histoire des femmes peintres à la fin du XIXe siècle. Julie Buchet est originaire de la ville de Bourges. De ses années d’apprentissage, les catalogues des salons artistiques, où elle expose, à partir de 1884, mentionnent le nom de ses deux maîtres : Jean-Léon Gérôme et Léon Bonnat. 


L’entrée à l’école des Beaux-Arts où ils enseignaient étant refusée aux femmes, ainsi que de concourir au Grand Prix de Rome, Julie Buchet a contourné ces difficultés en sollicitant les leçons de ces éminents professeurs de peinture, auprès de l’atelier de Madame Trélat de Vigny, où ils dispensaient leurs conseils. Julie Buchet obtient donc un enseignement artistique de qualité malgré ces fortes contraintes. Notre artiste fait son entrée sur la scène artistique en 1884 et expose, de manière concomitante, pendant dix années, au prestigieux Salon de la Société des Artistes Français et au circonstancié Salon annuel de l’Union des Femmes peintres et sculpteurs. 


Elle devient sociétaire de la Société des Artistes Français à partir de 1887, puis l’un de ses membres à partir de 1889. Julie Buchet prend également part au fonctionnement de l’Union des Femmes peintres et sculpteurs, en devenant inspectrice des Finances avec la peintre Mathilde Turquel, sous la présidence de la fondatrice et sculptrice militante pour les droits des femmes artistes à accéder à l’Ecole des Beaux-Arts et à participer au Prix de Rome, Hélène Bertaux (1825-1909). Le salon de l’Union des Femmes peintres et sculpteurs, connait une croissance exponentielle dès ses débuts, promouvant le professionnalisme des femmes artistes dans les deux dernières décennies du siècle. 


Julie Buchet ne se limite pas à exposer ses oeuvres sur les cimaises des Salons parisiens et les présente à la Société des Amis des Arts de Seine et Oise. Ses toiles sont exposées dans les salles du musée de Versailles de 1884 à 1886, puis en 1888 date à laquelle elle reçoit une médaille de première classe, en 1889, en 1890 obtenant une seconde récompense, puis, de 1891 à 1894. Ses tableaux figurent également, à l’exposition de la Société des Amis des Beaux-Arts de Besançon en 1884 et en 1893, et parmi les productions des Beaux-Arts exposées dans sa ville natale, à Bourges, en 1897, où elle remporte une médaille. 


La Galerie dite de la Vénus de Milo, au Musée du Louvre est présentée, à quatre reprises, d’abord, à Paris, au Salon de la Société des Artistes français, puis à l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, en 1885. Trois ans plus tard, l’artiste remporte une médaille de Ière classe pour ses envois à la 35e exposition versaillaise de la Société des amis des Arts du département de Seine-et Oise et enfin notre tableau traverse l’atlantique faisant partie des productions artistiques de l’exposition féminine française à Chicago dans le cadre de l’Exposition universelle en 1893. 


Julie Buchet est l’une des artistes femmes à succès qui exposent dans le Palais de la Femme de style renaissance, construit d’après les dessins de l’architecte Sophia Hayden, et décoré en partie par Mary Cassatt et Mary Fairchild MacMonnies Low. Le tableau de Julie Buchet est accroché en bonne place dans l’espace accordé à la section française de la galerie d’honneur, surmontée d’une verrière. Le rapport officiel rédigé par la secrétaire générale du comité des Dames, Marie-Joséphine Pegard cite Julie Buchet parmi les meilleures représentantes de l’école féminine française de peinture. La toile côtoie celles d’artistes réputées : Louise Abbema (tFalaise fleurie) -compagne de Sarah Bernhard-, Virginie Demont-Breton (Le bain) - fille du peintre Jules Breton, et feu Marie Bashkirtseff (Jean et Jacques). Toujours selon le compte rendu de l’époque, le succès fut complet et la fréquentation a son paroxysme.


En choisissant de peindre la galerie du musée du Louvre consacrée aux oeuvres sculptées de l’antiquité grecque et romaine, Julie Buchet prend part au vaste débat sur la comparaison entre les arts appelée paragone et héritée de la Renaissance italienne. Elle développe avec virtuosité les possibilités techniques qu’offre la description peinte : le rendu des marbres blanc des groupes sculptés, la précision des bas-reliefs et les somptueuses corniches blanches qui se détachent au-dessus des placages de marbre rouge et gris tapissant les murs. La construction géométrique de l’espace est savamment orchestrée. Les socles des statues de dimensions et de couleurs variées ponctuent les riches pavements. Baignée d’une douce lumière, les reflets des marbres polychromes sur le sol ajoutent à l’imprécision calculée de la perspective. 


La distribution de la galerie compartimentée en alvéoles - qui s’ouvrent sur un berceau central - date de l’époque à laquelle l’ouverture du musée demande de réorganiser les salles d’exposition des antiques (Salle Melpomène, Salle de l’Isis (future galerie de la Vénus de Milo) et corridor de Pan), inaugurées en 1815 et en 1817. A son entrée au musée en 1821, le chef-d’oeuvre de la statuaire grecque est d’abord présenté au centre de la Salle du Tibre puis à partir de 1848, à l’extrémité des salles de la galerie nord. 


Découverte en avril 1820 à Milo, dans l’archipel des Cyclades, elle est offerte par l’ambassadeur de France à Constantinople, le marquis de Rivière au roi Louis XVIII, le 1er mars 1821 qui la place aussitôt dans le musée royal des Antiquités. On remarque que la plinthe antique de la Vénus de Milo est incorporée dans une base circulaire en plâtre et que le pied gauche restauré a été retiré. L’oeuvre n’est pas encore mise à distance par une barrière comme elle le sera vers 1896, et le long cartel que l’on voit sur les représentations depuis 1822, mentionnant son titre de rVénus Victrix, a été retiré. L’unique cartel sur le socle, visible sur la toile, indique les restaurations effectuées. 


Dans cette vue précise de la Galerie nord dite de la Vénus de Milo, on identifie parfaitement, à gauche, le eSatyre dansant, découvert en 1630 à Rome et datant probablement du IIe siècle. Il s’agit d’une réplique fragmentaire d’un groupe aujourd’hui disparu, appelé L’Invitation à la danse comportant une nymphe assise face à lui. La figure est admirablement traitée en raccourci et en équilibre restituant le balancement de la danse et le tempo du jeu de cymbales. 


Au-dessus du faune, la précision du bas-relief et de son numéro de référence dans le catalogue de la sculpture antique du musée du Louvre permet de l’identifier au-devant de pSarcophage avec un thiase marin connu autrefois sous le titre : Néréides et Centaures marins. Il représente deux groupes symétriques de centaures marins barbus supportant une "imago clipeata" (image en forme de bouclier) qui figure l'âme de la défunte portée vers le monde de l’au-delà. Deux néréides sont assises sur la croupe des centaures, leurs écharpes au vent tandis que deux autres sont suspendues au cou des taureaux marins. Enfin, deux Amours sont assis sur les queues des centaures marins. Ils jouent de la lyre et de la double flûte. Le bas-relief provient de la collection Borghèse. 


Une colonne ionique en porphyre rouge sépare l’espace de l’alcôve de la grande nef où se trouve exposée une rVénus pudique, dont on aperçoit le profil de dos. Elle provient de l’ancienne collection Campana, acquise par Napoléon III en 1861, et entrée au Louvre en 1863. Cette variante du type de l’Aphrodite du Capitole dérive toutes deux de l’Aphrodite de Cnide créée par Praxitèle au IVe siècle avant notre ère. La déesse surprise au bain, cache sa nudité. Sa coiffure sophistiquée est composée de tresses, attachées par un noeud en rosette au sommet de la tête et qui retombent en boucles sur ses épaules. 


A droite de la éVénus de Milo et de la colonne de porphyre verte, sur son socle de marbre rouge, se trouve la statue funéraire d’une femme drapée reconnaissable à l’agencement de sa tunique (chiton) découvrant l’épaule droite d’un manteau (himation), conformément aux reliefs funéraires ou votifs, caractéristiques des représentations de la déesse Perséphone ou Corè. Sa présentation, dos au mur, tient compte de son modelé sommaire en raison de sa destination ancienne placée dans une niche funéraire. Trouvée en décembre 1881 sur les bords du Céphise près de Patissia en Grèce, l’ oeuvre venait depuis peu d’intégrer les collections du musée du Louvre et provenait de l’ancienne collection du comte Charles de Moüy. 


Le bas-reliefs encastré dans les placages de marbre, au-dessus, représente sBacchus trouvant Ariane à Naxos. Il provient originellement de la villa Borghèse. L’ oeuvre est connue par sa reproduction gravée dans le catalogue ancien de Charles de Clarac, conservateur des antiquités et de la sculpture de 1818 à 1848 . On y voit Bacchus à moitié vêtu debout sur un char, prêt à contempler Ariane endormie. 3 La jeune femme abandonnée par Thésée sur l’île de Naxos est dévêtue par un Amour ailé et un petit Pan. Derrière eux, deux satyres gardent un troupeau de moutons. Sur la droite, trois ménades sont rassemblées autour d’un arbre, dont l’une retient par le bras un Pan. 


S’ensuit une colonne de porphyre verte, une statue dont les caractéristiques sont trop peu définies pour l’identifier à partir des catalogues de sculptures antiques du musée. D’autant qu’aucun guide de visite des salles des antiques du musée du Louvre ne correspond précisément à la muséographie adoptée, entre l’emplacement des oeuvres datant de mai 1869 et le renouveau de 1896. Il s’agit probablement d’une eAphrodite au pilier coiffée d’une couronne de perles. Le groupe suivant est lui connu et référencé. C’est à nouveau une Aphrodite du type du Capitole avec Eros monté sur un dauphin. Elle fait d’ailleurs face, dans le parcours du visiteur, à l’Aphrodite pudique


Le mammifère marin, qui prend plus de place, ici, évoque la naissance de la déesse sortie de l’écume des vagues. nLa Galerie dite de la Vénus de Milo, au Musée du Louvre fait partie d’un type iconographique - celles des vues de musée - qui célèbre à la fois l’agencement des collections comme l’art des civilisations passées. Au XIXe siècle, les vues des salles du Louvre fleurissent. Un grand nombre sont d’ailleurs dans les collections même de ce musée. Julie Buchet s’inscrit dans une vaste lignée d’artistes ayant pris conscience de la beauté et de l’intérêt de ces représentations parmi lesquels Hubert Robert, Jean-Baptiste Isabey, Benjamin Zix, Joseph Warlencourt ou encore James Tissot. 


Son tableau bénéficie ainsi du rapport de mise en valeur et de mise en relation des oeuvres par la muséographie symétrique mise en place. L’organisation par matériau, taille et thématique des sculptures offre une grille de lecture claire et belle au spectateur afin de faciliter sa compréhension. Ainsi, notre tableau rend compte de la centralité de la Vénus de Milo - oeuvre pivot - autour de laquelle sont organisés en vis-à-vis, les groupes sculptés de même sujet. L’unité du marbre blanc distingue les statues et bas-relief parmi l’écho coloré des socles de même hauteur, des pavements et des colonnes polychromes. 


Julie Buchet renoue avec ce type de vues en exposant, en 1886, au Salon des Artistes Français : Les Parques de Germain Pilon ; musée de Cluny (n°386), qui représente un groupe de jeunes femmes visitant les salles du musée de Cluny où l’on reconnait les Trois Parques de Germain Pilon, une tapisserie de la tenture de David et Bethsabée à droite, et au fond la grande lanterne avant la destruction de la partie métallique, en 1976, dans le but d’accueillir les sculptures de Notre Dame de Paris. 


Les collections publiques françaises possèdent une huile sur toile par Julie Buchet, dans les collections du musée d’Orsay (éVase de Chrysanthèmes acquis par l’État en 1892). La documentation des peintures du Musée d’Orsay conserve la trace d’une autre toile intitulée : Le Bord de Mer en Normandie. Ces deux oeuvres sont représentatives du style de l’artiste, attentive à l’harmonie des couleurs, à la distribution de la lumière, à la finesse et à la transparence du modelé. La production artistique de Julie Buchet est injustement tombée dans l’oubli, au regard des grandes qualités de sa peinture, de sa carrière internationale, et de l’unique témoignage que la Galerie dite de la Vénus de Milo, au Musée du Louvre porte sur le rôle des femmes dans la vie artistique parisienne. 

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