Camille-Léopold 

CABAILLOT-LASSALLE

(Paris 1839 - 1888)

Le Salon des beaux Arts de 1874 

Léopold Camille Cabaillot-Lassalle


(8 sept. 1839 - 7 janvier 1902)

Le Salon de 1874, Exposé au Salon de 1874 (n° 292), huile sur toile, signée en bas à gauche Cabaillot-Lassalle, 100 x 81,5 cm Réductions par Camille Corot, Léon Richet, Henriette Browne, Eugène Petit, Jules-Jacques Veyrassat, Ernest Guillemer.


Expositions

Paris, Salon de 1874, n° 292, Le Salon de 1874. (Les réductions de tableaux figurant dans cette toile, ont été exécutées par les auteurs des originaux ).

Gand, XXIXe Exposition triennale de Gand, 1874, n°157,Le Salon de 1874 à Paris. (Les réductions de tableaux figurant dans cette toile, ont été exécutées par les auteurs des originaux )


Notice d’œuvre

Le caractère unique de cette toile tient à son sujet ; la vue supposée d’une salle d’exposition au Salon de Paris en 1874. Léopold Camille Cabaillot-Lassalle a l’idée originale de représenter ses contemporains visitant la section consacrée aux peintures. Il donne une attention particulière au décor en sollicitant ses confrères pour qu’ils peignent une réduction des œuvres qu’ils exposent. Léopold Camille Cabaillot-Lassalle double cet exploit en présentant son propre tableau à l’exposition de 1874 offrant une mise en abîme spectaculaire aux visiteurs de ce Salon.

Notre tableau met en scène neuf visiteurs venus contempler les toiles exposées en 1874. Leur description est précise et minutieuse. Le peintre choisit de représenter un public majoritairement féminin et de tout âge confondu. Trois hommes sont absorbés dans la contemplation des tableaux accrochés aux cimaises. Les œuvres sont présentées, sans espacement et pour certaines avec une rambarde de mise à distance. Le groupe de femmes, au premier plan, se détache nettement par le luxe des détails apportés à leurs toilettes sophistiquées. Catalogues d’exposition à la main, la discussion est centrée autour de l’événement. Léopold Camille Cabaillot- Lassalle privilégie dans ses toiles les modèles féminins. En dehors des activités du quotidien (La lecture dans le boudoir, L’heure du thé), il n’est pas rare qu’elles soient peintres et participent à la vie artistique (Le jeune peintre, La visite à l’atelier). Le lieu d’exposition est aussi un endroit de sociabilité recherchée. Notre tableau illustre parfaitement l’article de Louis Clodion sur la foule parisienne se pressant le temps d’une promenade dominicale devant les tableaux à succès du Salon de 1874.


Léopold Camille Cabaillot-Lassalle invite cinq artistes à peindre sur sa toile la réplique miniature de l’œuvre qu’ils présentent au Salon de 1874. L’étiquette blanche sur le cadre de chaque tableau correspond au numéro des œuvres inscrites dans le livret du Salon où le nom des artistes est répertorié par ordre alphabétique facilitant leur identification. En haut à gauche est accroché la nature morte, Chrysanthèmes et Pêches (n°1473) d’Eugène Petit (1839-1886).

Le peintre connait alors un certain succès. Il a reçu une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1867 et une médaille de 3e classe au précédent Salon. Il expose ses toiles régulièrement à Paris mais également en Belgique à Gand, à Bruxelles et à Anvers.

A sa droite se trouve l’un des tableaux favori du Salon, la Charrette en Forêt (n°1781), peint par Jules-Jacques Veyrassat (1828-1893). Cette composition reprend les motifs récurrents du peintre animalier et paysagiste. Deux bûcherons s’afférent à transporter du bois dans une charrette tirée par deux chevaux de trait reconnaissables à la housse bleue qui les recouvre et à leurs colliers bleus enguirlandés de pompons rouges. La toile présentée par Jules-Jacques Veyrassat est non seulement photographiée par l’entreprise Goupil dans le but de vendre des tirages photographiques.Mais elle est également gravée sur bois par l’entreprise Smeeton Tilly et publiée sur une pleine page dans le grand quotidien L’Illustration. Le monde agricole est une source d’inspiration centrale chez cet artiste né à Paris d’une famille genevoise, formé à l’école royale gratuite de dessin, puis auprès d’Henri Lehmann et de Faustin Besson. 


Au-dessous, au registre inférieur est présenté le portrait du collectionneur et ami des artistes M. E. Surville (n°274) peint par Henriette Browne (1829-1901). Le portrait figurera également, quatre ans plus tard, à l’Exposition universelle de 1878 (n°144) à Paris. Sous le pseudonyme d’Henriette Browne, Madame Jules de Saux, née Henriette Sophie de Bouteillier, fait une carrière remarquable.

Elle s’est formée auprès de Charles Chaplin comme un grand nombre d’artistes femmes réputées. Henriette Browne est notamment connue pour ses sujets orientalistes et ses portraits présentés à Paris, à Anvers et à Londres où elle expose ses tableaux à la Royal Academy de 1871 à 1879. Avec son époux, secrétaire du diplomate Comte Walewski -fils naturel de Napoléon Ier-, elle a l’occasion de visiter Constantinople en 1860, la Turquie, le Maroc en 1865, l’Egypte et la Syrie en 1868-1869. Elle obtient en tout quatre médailles pour ses envois

aux salons et une médaille pour son œuvre gravée. Les deux portraits peints par Henriette Browne au Salon de 1874 sont jugés excellents « exécutés avec une fermeté toute virile » dans l’Illustration tandis qu’Olivier Merson dans le Monde Illustré regrette le dessin du visage et les tranches rouges du livre que tient M. Surville « qui accapare terriblement l’attention».

Le peintre paysagiste Léon Richet (1843-1907) expose au Salon de 1874 un Moulin à Vent, en Picardie (n°1558), repéré par la critique et sélectionné pour faire partie d’un panorama gravé des paysages exposés. L’accent mélancolique de la toile est renforcé par les tons rose-bleu du ciel et la pale transversale du moulin à l’arrêt dans un paysage dépeuplé. La gravure est accompagnée d’un commentaire élogieux sur l’artiste et son œuvre : « Plus épris de l’art que de la nature, M. Richet marche d’un pas délibéré. Ayant reçu une bonne éducation d’artiste, il en use pour peindre avecbeaucoup d’adresse et d’habilité, dans une coloration agréable, des sites dont la poésie lui échappe et qu’il représente avec plus d’esprit que de vérité ». Le Moulin à Vent, en Picardie du Salon de 1874 est réapparu en 1980 à la prestigieuse TEFAF de Maastricht, signe de sa grande qualité. Léon Richet avait reçu une formation complète auprès des peintres académiques Narcisse Diaz de la Peña, Jules Lefebvre et Gustave Boulanger. Ses paysages des environs de Moret-sur-Loing, de la campagne du Loiret, de la Bourgogne, de la Normandie et des bords de Seine sont très appréciés des collectionneurs. Il est présent sur la scène artistique belge et française jusqu’en 1906 et ses œuvres sont conservées dans les musées français à Reims, à Nice, mais également au Caire, à Leeds, à Montréal, à Caracas et à Santiago.


Camille Corot (1796-1875) est sans conteste le peintre le plus accompli et le plus réputé parmi la sélection de Léopold Camille Cabaillot-Lassalle. Un an avant sa mort, le « patriarche de l’école du paysage », expose, à 78 ans, trois tableaux au Salon de 1874 : Paysage au clair de luneSouvenir d’Arleux-du-Nord et Le Soir (n°459). Camille Corot exécute la réplique miniature de ce dernier sur la vue du Salon de Léopold Camille Cabaillot-Lassalle. Toutefois, la composition finale du tableau le Soir, répertoriée dans le 

catalogue raisonné de l’œuvre de Corot (n°2191) par Alfred Robaut, est très légèrement différente de la réduction. L’auteur du catalogue raisonné « admis dans l’atelier pendant son exécution, a vu un premier état de l’œuvre, dont il a pris un croquis. Il y avait alors, vers le milieu du tableau, une figure couchée à plat ventre et tournée à gauche. Corot, en terminant, l’a supprimée7 ». Le catalogue publie la composition dans cet aspect éphémère d’après un dessin de la main d’Alfred Robaut datant de janvier 1874 (N° 2191 A. 1er état) en même temps que sa forme définitive mis au point le 20 février de la même année (N° 2191 B. 2e état) en vue du Salon. La composition finale est également connue par une gravure sur bois publiée, dans un pêle- mêle représentant quelques uns des paysages du Salon de 1874, dans L’Illustration et par une reproduction, toujours en noir et blanc, dans l’ouvrage d’Etienne Moreau-Nelaton, Corot raconté par lui-même (1929).


Le tableau miniature de la main de Camille Corot peint sur le Salon de 1874 par Léopold Camille Cabaillot-Lassalle, n’est donc pas une réduction de la composition Le Soir, présentée par Corot au même rendez-vous artistique, mais bel et bien une composition inédite et originale, reprenant le premier état connu par un dessin d’Alfred Robaut.


Œuvre originale et inédite par Camille Corot correspondant au premier état (aujourd’hui connu par un dessin de la main d’Alfred Robaut) du tableau Le Soir présenté au Salon de 1874.

La contribution de Camille Corot au Salon a reçu un concert d’éloges. Tous s’attendait à ce qu’il remporte la médaille d’or du Salon, récompensant le travail d’une vie dédiée à la peinture. Mais bien que ce soit Gérôme qui l’ait obtenue, pour son Eminence grise et le Rex Tibicen, la magie enchanteresse des trois toiles de Corot réunissait tous les suffrages : Ceci dit, et tout idée de comparaison mise de côté, reconnaissons que jamais M. Corot n’a rendu avec plus de sentiment le charme silencieux de la forêt, les blanches clartés de la lune, les rougeurs du soleil couchant entrevues à travers l’ombrage mystérieux de l’épaisse feuillée ; le procédé est toujours le même, rien n’est dessiné, et de près, on ne distingue que des touches confuses ; mais dès qu’on recule un peu, les valeurs s’établissent, les lumières s’opposent aux ombres, la nature apparaît dans toute sa vie et toute sa poésie. « Salon de 1874 »,L’Illustration, 13 juin 1874, n°1633 p. 382.

La participation de Camille Corot au cours de l’élaboration de l’œuvre permet d’entrevoir la manière dont Léopold Camille Cabaillot-Lassalle a procédé pour peindre sa vue du Salon de 1874. Il a recueilli, dans un premier temps, les miniatures des tableaux puis a inséré le décor, la banquette de velours rouge, le sol parqueté, les personnages, et les cadres de bois doré. Le dépouillement des articles de presse parus à l’époque de l’exposition valide l’hypothèse selon laquelle les œuvres sélectionnées par le peintre n’ont jamais été exposées dans la même salle. Seul le portrait peint par Henriette Browne figurait aux côtés de la nature morte d’Eugène Petit dans la salle IV. 


La Charrette de Jules-Jacques Veyrassat se trouvait en salle XXIV, Le Moulin à vent de Léon Richet en salle XXII et Le soir de Camille Corot, probablement avec ses autres compositions, dans le Grand Salon. Notre tableau était, quant à lui, accroché en salle V. Léopold Camille Cabaillot-Lassalle se présente ainsi en jury du Salon de 1874, commissaire de sa propre exposition, grand ordonnateur de l’art contemporain. Sa vue reconstituée du Salon de 1874 est un immense succès. La presse ne s’y trompe pas. Les critiques d’art sont unanimes. Tous sont charmés par l’ingéniosité de l’artiste qui a su mettre en valeur les tableaux de ses confrères dans une composition rigoureuse, d’un dessin ferme, dans l’air du temps, à la manière de James Tissot ou d’Alfred Stevens. L’œuvre amuse ses contemporains et les grands quotidiens invitent le spectateur du salon à s’y regarder comme dans le reflet d’un miroir.

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