Henri-Guillaume Schlesinger

(1814-1893)

les Cinq Sens
 

Cinq tableaux représentant Cles Cinq Sens dans la collection impériale de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie (1865-1920)

Depuis 1865, les cinq tableaux - le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe et la vue - peints par Henri-Guillaume Schlesinger sont restés inséparables. Leur réapparition est un fait inestimable du point de vue historique et artistique. Leur histoire aux multiples rebondissements est intimement liée à celle fascinante de l’Empereur Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie. Cet ensemble de grand format offre un témoignage unique du goût impérial. 

Les Cinq Sens sont représentés par deux charmantes jeunes femmes habillées de costumes espagnols et de robes dans le goût du XVIIIe siècle dans chacune des cinq scénettes.Présenté au Salon des Beaux-Arts de 1865, le tableau comptant cinq compartiments, est acheté par l’Empereur Napoléon III et l’Impératrice Eugénie, amateurs des œuvres d’Henri- Guillaume Schlesinger. 

Les Cinq Sens sont placés dans le Palais de l’Élysée à Paris. L’Empereur Napoléon III et l’Impératrice Eugénie accordent le prêt de cet ensemble unique le temps de l’Exposition universelle des Beaux-Arts en 1867. Conscient de leur valeur artistique comme de l’attachement de l’Empereur et de l’Impératrice pour les œuvres d’Henri-Guillaume Schlesinger, le conservateur du musée du Luxembourg protège le tableau d’une éventuelle destruction pendant les événements insurrectionnels de 1870-1871. 

Les Cinq Sens rejoignent un temps la collection du musée consacré aux œuvres des artistes vivants puis les magasins du Garde-Meuble, chargé de la conservation du mobilier de la couronne. Après la mort de Napoléon III durant son exil en Angleterre, 

Les Cinq Sens sont rendus à l’Impératrice Eugénie et envoyés depuis Paris à sa résidence de Camden Place (Chislehurst), le 31 mai 1879. Ils resteront dans sa collection personnelle jusqu’à son décès au siècle suivant.

Provenance 

  • Achat au Salon des Beaux-Arts de Paris (n°1946) en 1865 par l’Empereur Napoléon III auprès du peintre Henri-Guillaume Schlesinger pour 25 000 F
  • Collection de l’Empereur et de l’Impératrice Eugénie au Palais impérial de l'Élysée de 1865 à 1870
  • Présenté à l’Exposition universelle de 1867 (n°87) du1er avril au 3 novembre 1867 au Palais elliptique édifié par l’architecte Jean-Baptiste Krantz sur le Champ-de-Mars
  • Mis à l’abri au musée du Luxembourg en septembre 1870 par le conservateur Philippe de Chennevières pendant les mouvements insurrectionnels à Paris, à la suite de la défaite de la France contre l’Allemagne à Sedan
  • Déposé au Garde Meuble jusqu’à sa restitution le 31 mai 1879 à l’Impératrice Eugénie
  • Envoyé à la résidence de l’Impératrice Eugénie à Camden Place (Chislehurst, Angleterre), le 31 mai 1879
  • Collection de l’Impératrice Eugénie jusqu’à son décès en 1920
  • Probablement dans la collection du Prince Victor Napoléon chef de la Maison Impériale, héritier et détenteur des biens anglais de l’Impératrice Eugénie.
  • Collection de Bernard et Joyce Matthews, probablement, dans leur manoir de Great Witchingham Hall (Norwich)

L’Empereur Napoléon III et l’Impératrice Eugénie sont, sans aucun doute, les souverains français qui ont le plus assidûment fréquentés le Salon des Beaux-Arts. Lors de ce rendez-vous parisien, le couple impérial achète des tableaux et des sculptures à des artistes contemporains pour orner leurs nombreuses résidences. Au Salon de 1865, Napoléon III et Eugénie font l’acquisition de onze œuvres d’art pour un montant de 67 500 F au profit des artistes Henri-Guillaume Schlesinger, Ferdinand Heilbuth, Louis Hudel, Gustave Jundt, Charles-Euphrasie Kuwasseg, Désiré-François Laugée, Eugène Lepoittevin, Jules-Joseph Meynier, Antoine-Emile Plassan et Charles-François Pécrus. Une photographie des tableaux achetés par l’Empereur lors du Salon est conservée aux Archives Nationales. Elle permet de visualiser la présentation choisie par Henri-Guillaume Schlesinger de son tableau à cinq compartiments. Un cadre unique, probablement en bois doré dans le goût du XVIIIe siècle, entourait les cinq toiles. 


Le toucher et le goût couronnaient l’ensemble tandis que les scénettes aux personnages en pied figurant l’ouïe, l’odorat et la vue servaient de base à la pyramide picturale.Le coût des Cinq Sens est le plus élevé parmi les achats effectués sur la liste civile, somme attribuée au souverain pour les dépenses de sa maison. Son acquisition pour 25 000 F est entérinée par l’arrêté du 10 juin 1865. Le sénateur surintendant des Beaux-Arts, le comte Alfred Emilien O’Hara de Nieuwerkerke atteste de la réception du tableau le 23 juin 1865. La somme de 25 000 F est alors mis à la disposition du peintre le 31 juillet 1865.

Le couple impérial appréciait les compositions d’Henri-Guillaume Schlesinger, artiste d’origine allemande, formé à l’académie des Beaux-Arts de Vienne et qui exposait régulièrement au Salon des Beaux-Arts à Paris, depuis les années 1840. Médaillé de 3e classe en 1840 et de 2e classe en 1847, Henri-Guillaume Schlesinger avait obtenu la reconnaissance de ses pairs. L’Empereur et l’Impératrice lui avaient auparavant acheté Le bonheur dans les montagnes (n° 3981) et Les Préférences (n°3984) lors de sa participation à l’Exposition universelle de 1855 à Paris. Les deux tableaux ornaient respectivement le vestibule des appartements du Prince Impérial et le salon d’attente de l’Impératrice au château de Saint-Cloud.


L’Impératrice Eugénie s’occupait personnellement de la décoration des palais impériaux. C’est vraisemblablement à elle que revient l’idée d’attribuer les Cinq Sens peint par Henri- Guillaume Schlesinger au Palais impérial de l’Elysée. Une mention au crayon dans la marge du Livre des dépôts des peintures atteste que le grand format y était accroché dès son achat.

Le tableau d’Henri-Guillaume Schlesinger possédait toutes les caractéristiques susceptibles de plaire à l’Impératrice Eugénie. L’artiste était en effet réputé pour ses évocations pittoresques du XVIIIe siècle tant appréciées d’Eugénie qui portait un vif intérêt pour le mobilier et la mode au temps de Marie Antoinette, reine de France de 1774 à 1793. Sa fascination s’exerçait dans le décor de ses appartements. Elle puisait dans les collections du Garde-Meuble les objets ayant appartenu à la défunte reine. 

Henri-Guillaume Schlesinger conçoit Les Cinq Sens telle une invitation au voyage dans le temps mais également dans l’espace puisque les costumes colorés, broderies et accessoires des jeunes femmes évoquent l’Espagne, émouvant souvenir pour l’Impératrice née en 1826 à Grenade.

Henri-Guillaume Schlesinger décide de faire figurer son tableau Les Cinq Sens, alors accroché au Palais impérial de l’Elysée, à l’Exposition universelle des Beaux-Arts de 1867, seconde manifestation française dédiée au progrès. L’artiste adresse sa demande directement à l’Impératrice Eugénie, principale ordonnatrice de la collection impériale. Le courrier d’Henri- Guillaume Schlesinger est réceptionné le 10 décembre 1866 par le Secrétariat des commandements de Sa Majesté l’Impératrice. L’autorisation d’exposer Les Cinq Sens est ensuite donnée par le Cabinet de l’Empereur, le 29 décembre 1866, à la charge du surintendant des Beaux-Arts d’en exécuter la tâche.Le tableau à cinq compartiments est exposé au sein de la section allemande des Beaux- Arts dans l’édifice principal de l’Exposition universelle, le Palais elliptique, conçu sur les plans de Jean-Baptiste Krantz (1817-1895). De forme très originale, ce gigantesque édifice trône au milieu du Champ-de-Mars et couvre une superficie de seize hectares. Une galerie circulaire au centre de l’édifice est consacrée aux Beaux-Arts. Elle est pensée « comme au centre d’un foyer lumineux duquel tout rayonne » et divisée en seize secteurs rayonnants recouvrant la production de chacun des pays participants.



La défaite de la bataille de Sedan, le 1er septembre 1870, met fin à la guerre franco- allemande. Elle entraine la capitulation de l’Empereur Napoléon III puis la chute du Second Empire. L’Empereur est détenu prisonnier en Allemagne. L’Impératrice s’enfuit avec le Prince impérial en Angleterre. Il rejoint les siens, en mars 1871, ayant élu résidence dans le manoir de Camden Place proche de Londres à Chislehurst. Il y décède en janvier 1873 des suites d’une opération.

A Paris, le marquis Philippe de Chennevières craint des destructions importantes du fait de l’équilibre politique fragile au cours du mois de septembre 1870. Le conservateur du musée du Luxembourg ayant connaissance de l’inclinaison du couple impérial pour les œuvres du peintre décide de mettre à l’abri le tableau dans les salles de son musée. Il sera par la suite conservé dans les magasins du Garde-Meuble.


Après la mort de l’Empereur Napoléon III en 1873, l’Impératrice par l’intermédiaire de son avoué Me Rainbeaux demande à l’Etat français la restitution de ses collections. Les Cinq Sens (n°549) sont mentionnés sur la liste des tableaux ayant appartenu au domaine privé de l’Empereur à l’Elysée. Le tableau est donc remis par l’administration du mobilier national à la commission de liquidation en charge de rendre à l’Impératrice ses biens. L’emballeur Fauquet envoie, depuis Paris, les cinq tableaux séparés de leurs cadres, à Camden Place, le 31 mai 1879. Ils sont réceptionnés par le secrétaire particulier de l’Impératrice Eugénie, Jean-Baptiste Franceschini-Pietri (1834–1915). Anciennement au service exclusif de l’Empereur puis du Prince impérial, ce dernier reste jusqu’à sa mort auprès d’Eugénie.


Après la mort de l’Impératrice, le 11 juillet 1920, le tableau est resté non localisé jusqu’aux années 1960, où il entre dans la collection du couple Bernard et Joyce Matthews. Désormais, il est possible d’apprécier la facture réaliste aux grandes qualités expressives de la peinture d’Henri-Guillaume Schlesinger. Un an après l’achat de son tableau par le couple impérial, le peintre était nommé chevalier de l’ordre de la légion d’honneur par décret en date du 6 août 1866. A travers ce tableau s’opérait l’ultime reconnaissance artistique d’un peintre qu’il faut désormais considérer comme un artiste de premier plan.


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